XI Annexe 2: échanges d'émissions, un exemple théorique

Supposons que deux pays A et B ont des coûts de réduction des gaz à effet de serre différents. Les cmr sont définis dans cet exemple comme le coût de la réduction d'une tonne supplémentaire d'émissions de co2, à savoir le principal gaz à effet de serre (voir figure 7). Les cmr du pays A sont plus élevés et augmentent plus rapidement que ceux du pays B. Le point zéro sur l'axe horizontal représente la situation où il n'y a pas de restriction d'émissions. Cette situation est parfois qualifiée de politique constante. Tout autre point sur l'axe horizontal représente une déviation par rapport à la politique constante et implique une réduction d'émissions. Le coût total de réduction équivaut à la somme des cmr pour chaque tonne réduite, ce qui correspond à la surface en dessous de la courbe des cmr. Si le pays A réalise une réduction interne de 100 tonnes de co2, le coût total de réduction atteint 400 $. Si le pays B réduit ses émissions de co2 de 100 tonnes, le coût total de réduction est moindre, soit 200 $.

FIGURE 7 - Courbes des coûts marginaux de réduction

Partons maintenant du principe que les deux pays ont adopté le même objectif de réduction et que tous deux réduisent leurs émissions de co2 de 50 tonnes par rapport à la situation de politique constante. Dans la figure 8, la courbe des cmr de B va dans le sens opposé. En l'occurrence, l'axe horizontal représente la quantité totale à réduire conjointement par les deux pays, soit 100 tonnes de co2. Chaque point de l'axe définit un partage de l'engagement de réduction de 100 tonnes entre les deux pays. Par exemple, 0 tonne de co2 sur l'axe horizontal signifierait que A ne réalise aucune réduction des émissions et que B réduit ses émissions de 100 tonnes. Si chaque pays réduit, à l'échelle intérieure, ses émissions de 50 tonnes, le coût total de réduction atteint 150 $, ce qui correspond aux zones colorées en dessous des courbes de cmr (voir figure 8). Le coût total de réduction de A est de 100 $ tandis que celui de B ne s'élève qu'à 50 $. Le cmr de A est de 4 $ tandis que celui de B ne s'élève qu'à 2 $.

Il y a alors des opportunités d'échanges. B pourrait réduire ses émissions d'une tonne supplémentaire et A d'une tonne de moins, atteignant ensemble le volume de réduction de 100 tonnes. Le cmr de A étant de 4 $ par tonne et celui de B de 2 $ par tonne, A peut payer jusqu'à 4 $ par tonne de réduction supplémentaire, même si le coût de réduction pour B ne s'élève qu'à 2 $. Les deux pays sont gagnants par rapport à une situation sans échanges. Pour la tonne suivante, il y a toujours une possibilité d'échange, même si le cmr de A a diminué et celui de B a augmenté. Cette possibilité d'échange vaut jusqu'au moment où leurs cmr s'égalisent. Dans cet exemple, c'est le cas lorsque A réduit ses émissions de 33,3 tonnes et B de 66,7 tonnes. A partir de là, il ne serait plus rentable pour A de payer B pour des réductions supplémentaires. Le coût total de réduction passe de 150 $ à 133,33 $ et le gain total découlant des échanges d'émissions est de 16,67 $. Ce gain est divisé entre A et B selon le prix payé par A à B pour chaque réduction supplémentaire de B. Dans la figure 8, l'on suppose que A paie à B un prix constant pour chaque réduction supplémentaire, ce qui correspond à l'intersection des deux courbes cmr, c'est-à-dire 2,67 $. S'il y a des échanges fréquents entre de nombreux pays, le cmr pour la dernière tonne réduite sera le même pour tous les pays et s'approchera d'un prix d'équilibre des permis d'émissions sur le marché international. Cet exemple détaillé montre qu'il n'y a pas de perdant avec les échanges d'émissions. Tant les vendeurs que les acheteurs sont gagnants.

FIGURE 8 - Coûts de réduction avec ou sans échanges de permis