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Public Investment in Belgium - Current State and Economic Impact [Working Paper 01-17]

L’investissement des autorités publiques belges, et en particulier la part consacrée à l’infrastructure, est relativement faible à la fois historiquement et en comparaison avec les pays voisins. Une simulation à l’aide du modèle Quest III de la Commission européenne suggère qu’une augmentation permanente de l’investissement du gouvernement de 0,5% du PIB augmente le PIB, la consommation privée et l’investissement privé. L’impact de mécanismes alternatifs de financement est comparé. Finalement, une réallocation, budgétairement neutre, de l’investissement en faveur de l’infrastructure conduirait, déjà à moyen terme, à des gains substantiels de PIB et de ses principales composantes.

La croissance économique peut-elle être stimulée par des investissements publics supplémentaires ? Cette question revient sur le devant de la scène suite aux recommandations en la matière des organisations internationales comme la Commission européenne ou le FMI. En revanche, en Belgique, le taux d’investissement des autorités publiques a diminué, passant de plus de 5% du PIB en moyenne dans les années septante à 2,4% du PIB en 2015. Depuis la fin des années quatre-vingt, l’investissement brut n’a pas toujours été suffisant pour compenser la dépréciation du capital installé. Le stock net de capital public a donc diminué de près de 15 points de pourcentage du PIB depuis 1995, s’élevant à 36,5% du PIB en 2015, un chiffre largement inférieur à celui observé dans les pays voisins. En Belgique, l’investissement public n’a pas seulement diminué, sa composition s’est également modifiée. La part des investissements en infrastructure, considérés comme les investissements dotés du potentiel de croissance le plus élevé, est passée de 35% en 2006 à 26% en 2014. En conséquence, l’investissement belge en infrastructure s’élevait à 0,6% du PIB en 2014 contre près de 1% dans la zone euro.

Pour tenter de répondre à cette question, les effets sur l’économie belge d’une augmentation des investissements des autorités publiques ont été simulés à l’aide du modèle QUEST III de la Commission européenne, mis à jour pour tenir compte de la situation actuelle de notre pays. Le principal avantage de ce modèle est la disponibilité d’une version spécifique à la Belgique incluant des liens économiques avec le reste de la zone euro et le reste du monde.

Le BFP a une longue tradition de calcul de l’impact de chocs sur l’économie belge. Dans un exercice précédent, le modèle déterminé par la demande HERMES a été utilisé pour simuler l’impact d’un choc d’investissement public (Bassilière et al., 2013). En comparaison avec cette simulation, cet exercice permet de prendre aussi en considération l’impact positif de l’investissement public sur la fonction de production du secteur privé.

La simulation de base correspond à une augmentation permanente, budgétairement neutre, des investissements des autorités publiques de 0,5% du PIB, ce qui correspond à un investissement supplémentaire de 2 milliards d’euros par an. Ce montant est conforme aux propositions belges pour la réalisation du pilier des infrastructures publiques du Plan d’Investissement pour l’Europe. Dans le cadre de cette première simulation, le PIB en volume augmente de 0,24% après un an et de 2,77% après 20 ans par rapport au scénario de référence (en l’absence de choc). Cette croissance du PIB s’explique principalement par une croissance de la productivité du travail, bien que l’emploi augmente aussi légèrement. La consommation privée et l’investissement privé augmentent, après 20 ans, de 1,5% par rapport au scénario de référence. Le déflateur du PIB s’accroît d’abord légèrement suite à l’augmentation de la demande, puis à long terme, la croissance de la productivité fait diminuer les prix de la production domestique de 1,3%, ce qui entraîne une baisse de l’inflation. Dans l’ensemble, une taxe forfaitaire par personne stylisée (lump-sum tax) de 0,13% du PIB est nécessaire pour stabiliser les finances publiques au niveau actuel. Cela exclut la possibilité d’une mesure autofinancée (appelée “free lunch” fiscal) qui se traduirait par une taxe forfaitaire individuelle égale ou inférieure à 0. En même temps, vu la croissance économique générée, seul un quart du montant investi doit être couvert par de nouvelles recettes publiques.

Des simulations supplémentaires ont été effectuées pour vérifier dans quelle mesure les résultats changent lorsque la mesure est financée soit par un impôt plus réaliste (sur le travail, le capital ou la consommation), soit par une réduction de la consommation publique, soit par une augmentation de la dette publique. À long terme, le financement par dette ou par augmentation de l’impôt sur la consommation s’avère avoir presque le même impact positif sur le PIB que la taxe stylisée de la simulation de base, soit 2,69%. Les résultats du scénario de l’impôt sur la consommation sont cependant susceptibles d’être surestimés vu que le modèle n’inclut pas entièrement le mécanisme belge de formation des salaires. Lorsque la mesure est financée par une réduction des autres dépenses publiques, le PIB augmente toujours, après 20 ans, de 2,43% par rapport au scénario de référence. Un impôt sur les revenus du travail ou du capital réduit le plus les effets positifs, au moins en ce qui concerne le PIB, limitant ainsi sa croissance à respectivement 1,69% et 1,89%. Le premier nuit principalement à l’emploi et à la consommation privée, tandis que le second conduit à une chute des investissements privés. La consommation privée est maximale lors d’une réduction des autres dépenses publiques parce que ce scénario ne mène pas à un accroissement des impôts ou de la dette publique (c’est-à-dire à des impôts différés). Si seul est pris en compte le financement par endettement, la dette publique augmente et le ratio de dette sur PIB atteint 112% après 20 ans, rendant l’évolution des finances publiques insoutenable. Cette comparaison doit, bien sûr, être interprétée avec la prudence nécessaire : d’une part, les différents mécanismes de financement ont été modélisés de façon stylisée et d’autre part, le PIB et la consommation privée, certainement au sein d’un modèle économique, ne rendent que partiellement compte du bien-être des ménages.

Partant de l’observation que les investissements en infrastructure ont un effet plus important sur le PIB que les autres investissements publics (hôpitaux et écoles, biens publics et redistribution), un changement dans les dépenses en faveur des infrastructures a été simulé. Déjà après 3 ans, ce scénario aboutit à une croissance du PIB de 1,2% par rapport au scénario de référence. De plus, budgétairement neutre au départ, ce changement génère des recettes additionnelles qui peuvent être utilisées pour réduire la charge fiscale et/ou le ratio de la dette publique.

Enfin, des analyses de sensibilité ont été menées pour les paramètres les plus importants de l’étude. Comme attendu, l’effet du paramètre représentant l’impact de la croissance du capital public sur la croissance de la production, communément appelé élasticité de la production par rapport au capital public, est crucial pour ces conclusions. Une estimation plus modérée (inférieure de 50%) donnerait, dans la simulation de base, une croissance du PIB après 20 ans d’à peine 1,48% contre 2,77%, tandis qu’une augmentation de la valeur du paramètre de 50% pousse la croissance à 4,2%. En conséquence, bien que la valeur utilisée dans la simulation de base ait été choisie avec prudence et se situe au milieu de l’intervalle des estimations empiriques, la prudence est de mise quant à  l’interprétation de ces résultats.

En conclusion, la simulation suggère qu’augmenter l’investissement des autorités publiques en Belgique soutient la croissance du PIB, de la consommation privée et de l’investissement privé sans effet inflationniste. Cette augmentation ne s’autofinance cependant que partiellement et une compensation budgétaire est donc nécessaire pour empêcher un accroissement de la dette publique. Les priorités d’ordre politique devraient déterminer quel mécanisme de financement doit être adopté. Enfin, une simple réallocation des investissements publics en faveur des infrastructures, sans moyens budgétaires additionnels, a déjà un effet positif assez substantiel sur le PIB et ses principales composantes.

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  Type de publication

Planning & Working Papers

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